Les tabous de l’esclavage

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Je me souviens d’une théma (Arte) sur le thème de l’esclavage – ou plutôt les tabous de l’esclavage - composée de deux documentaires et d’un débat entre deux historiens africains. Ces films me semblent toujours d’actualité.

Le premier doc, intitulé « Chasseurs d’esclaves » de Sophie Jeaneau et Anna Kwak, nous rappelle que l’esclavage est malheureusement encore pratiqué dans de nombreux pays d’Afrique, tel que la Mauritanie. On suit une équipe composée d’un membre de la commission nationale des Droits de l’homme, une militante de SOS Esclaves et Bilal, un esclave évadé qui veut délivrer sa sœur, retenue sous une tente par un maître qui lui a fait deux enfants, sans même subvenir à leurs besoins. En effet, à Nouakchott, le gouvernement a beau avoir voté des lois contre l’esclavage, les vieilles traditions archaïques et barbares (n’ayons pas peur des mots, l’esclavage est une barbarie quelque soit le maître ou l’esclave !) perdurent. Ce pays musulman avait pourtant aboli trois fois cette pratique honteuse par le passé : en 1905, du temps des Français, en 1960, lors de l’indépendance, et en 1980 par le pouvoir militaire. Pourtant, dans la brousse, on plonge dans un autre siècle : tout ce qui naît avec une peau claire descend des Maures razzieurs d’autrefois et fait automatiquement partie des maîtres. Ceux qui ont une peau foncé sont esclaves.

Comme le dit le journaliste Bernard Thomas « le chemin vers la démocratie est évidemment escarpé, ardu, très difficile ».

Documentaire Chasseurs d’esclaves (intégral)

Le second doc, intitulé « Esclaves oubliés » d’Antoine Vitkine, retrace les différentes traites esclavagistes à travers l’histoire. Et, c’est là le plus important, on apprend que l’Occident chrétien n’occupe que la troisième place du podium de l’esclavage. Les Européens se sont effectivement comportés comme d’immondes salopards dans cette histoire, cela est entendu et répété à juste titre : entre le XVème siècle et le XIXème siècle douze millions d’êtres humains ont ainsi été déportés vers les Caraïbes et les Amériques.

Mais les autres ont fait pires.

Sur la deuxième marche du podium, on trouve…les Noirs eux-mêmes ! Ce trafic interne de Noirs contre Noirs a produit une traite ignoble de quatorze millions d’individus.

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Enfin, the last but not least, la première place de ce macabre podium est occupée par les Arabes. Ils se sont attelés à la « tâche » dès l’apparition de l’Islam au VIIème siècle, jusqu’au XXème siècle. Le nombre d’esclaves déportés s’élève à dix-sept millions ! Ils ne s’en vantent pas. Au Caire existait même depuis le moyen-âge un syndicat des négriers, chargés de planifier les commandes des Etats musulmans. Car le Coran n’encourage pas l’esclavage. Mais il l’autorise et légifère sur sa pratique. A condition qu’il s’agisse de non-musulmans (des Roumis par exemple). Des razzias furent opérées par les nomades au sud du Sahara qui ramenèrent sept millions d’individus vers le Nord ainsi qu’un fructueux va-et-vient à travers la mer Rouge en direction du Caire, de Bagdad, de La Mecque, d’Istanbul, dont Zanzibar demeure le plus fastueux témoin.

Documentaire Esclaves oubliés (extrait).

Le problème, rappelle Tidiane N’Diaye, économiste à l’Insee, est que maintenant, « on s’entend bien avec les Arabes. Alors on préfère ne pas rouvrir avec eux des pages douloureuses ».L’UNESCO se comporte avec la plus grande hypocrisie en occultant la traite arabe et noire en se concentrant uniquement sur la traite atlantique (qu’il ne s’agit aucunement d’oublier ou de minimiser) lors des commémorations de l’esclavage. Un des historiens africain présent lors du débat de fin d’émission a même subi les foudres, lors d’une conférence internationale, de représentants Noirs et Arabes lorsqu’il a évoqué la diversité et la complexité de l’esclavage au fil des siècles. Dans ce domaine la vérité dérange. Les historiens Arabes, Africains ou Occidentaux désireux de faire scrupuleusement toute la lumière sur cette tragique et lamentable page de l’histoire de l’humanité ne sont pas entendus.

Sylvain Métafiot

Notre dette à l’égard des Grecs !

Depuis quatre ans, l’Europe (et le monde) découvrent l’abîme de l’endettement grec. Mais a-t-on mesuré l’énormité de notre dette à l’égard de la Grèce ?

Depuis presque trois mille ans, nous utilisons gratuitement, sans licence ni brevet, l’invention de la démocratie, nous usons

André Gorz : l’autonomie individuelle contre le capitalisme

Alors que le dernier réacteur nucléaire japonais vient de fermer, et que la France s’obstine à considérer « l’atome » comme la seule voie énergétique possible (et ce, malgré la victoire des socialistes à la présidentielle), il semble urgent de revenir aux fondements de la pensée écologique et notamment à l’un des pionniers de l’écologie politique des années 70 en France : André Gorz (1923-2007).

Longtemps proche de l’existentialisme sartrien il élabore une réflexion sur l’aliénation de l’individu et la conquête de son autonomie pour se libérer du système capitaliste. Imprégné de phénoménologie et de marxisme il rejoint l’école de Francfort, et notamment Herbert Marcuse, sur la critique de la soumission de la société aux impératifs de la raison économique. Théoricien d’une auto-production de l’individu il se positionne contre le structuralisme (de par sa dénégation du sujet et de la subjectivité), les institutions (l’État, l’École, la Famille, l’Entreprise) et toute forme d’autoritarisme. À ce propos, il dénonce la dérive maoïste des Temps Modernes à partir de 1971 et démissionne du comité de rédaction en 1974. Fondeur du Nouvel Observateur en 1964, il en est écarté à cause de ses articles virulents contre le nucléaire.

Fer de lance d’une pensée écologique humaniste (issue de ses lectures d’Ivan Illich et de Louis Dumont) il appelle de ses vœux une « révolution écologique, sociale et culturelle qui abolisse les contraintes du capitalisme ». Rejetant l’individualisme hédoniste ainsi que le collectivisme productiviste il tente de faire advenir l’utopie socialiste la plus avancée (1974) où, selon Marx, « le libre développement de tous serait à la fois le but et la condition du libre développement de chacun ».

Il faut relire son texte sur l’idéologie sociale de la bagnole (1973) afin de repenser intelligemment notre hideuse civilisation automobile actuelle : « la bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle l’a rendu puante, bruyante, asphyxiante, poussiéreuse, engorgée au point que les gens n’ont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tué la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularité : donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles. »

On retiendra également sa distinction entre la pauvreté (relative car être pauvre c’est « ne pas avoir la capacité de consommer autant d’énergie qu’en consomme le voisin ». La pauvreté n’est pas la même au Mali et en Allemagne) et la misère qui est l’incapacité de subvenir aux besoins fondamentaux pour vivre : manger à sa faim, boire, se soigner, avoir un toit décent, se vêtir.

Un ascétisme énergétique et consumériste, ainsi que l’instauration d’une allocation universelle, seraient nécessaires pour réduire considérablement l’une et l’autre. Une certaine forme de décroissance pour sortir du capitalisme (2007).

A lire sur la Toile :

- André Gorz, la radicalité discrète du socialisme, par Claudio Tognonato, Sens public (2010).

- André Gorz et la dynamique du capitalisme, par Carlo Vercellone, revue papier de Sens public « Malaise dans le capitalisme » (n°11-12, octobre 2009).

- Un autre monde est possible selon André Gorz (et le logiciel libre), Framablog.

- Entretien avec Les périphériques vous parlent, par Yovan GILLES.

- Gorz et le temps choisi, un débat inachevé, par Jean-Baptiste de Foucauld, Revue du MAUSS permanente, (2009).

Sylvain Métafiot

Contre-vérités chiffrées du débat présidentiel

Au lendemain du débat présidentiel opposant le Président sortant Nicolas Sarkozy, au Président candidat entrant François Hollande, le site Owni.fr a eu la bonne idée de passer au véritomètre les 137 références chiffrées brandies ce soir-là par nos deux loustiques (92 pour le candidat UMP, 45 pour le socialiste).

Les erreurs concernant les postes de fonctionnaires supprimés, les chiffres de l’immigration économique, le montant de la dette publique, le nombre d’éoliennes, le taux de fiscalité et celui de la croissance c’est ici : Le débat Hollande / Sarkozy vérifié.

Bien entendu, ce ne sont pas David Pujadas et Laurence Ferrari qui allaient reprendre et contredire les deux candidats sur leurs déclarations approximatives (voire carrément fausses), trop heureux de demeurer dans leur rôle de portemanteaux de service et tellement contents d’obtenir une égalité de temps de parole parfaite (72 min et 12 s).

Demander aux journalistes français de faire leur travail, c’est d’un vulgaire, d’une suffisance…

Sylvain Métafiot

De l’art de tailler des costards

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«  Le désir de faire de la politique est habituellement le signe d’une sorte de désordre de la personnalité, et ce sont précisément ceux qui ambitionnent le plus ardemment le pouvoir qui devraient en être tenus le plus soigneusement à l’écart. »

Arthur Koestler

Cela n’aura échappé à personne : la campagne présidentielle est sur le point de s’achever ! Et Dieu sait que durant ce genre de période d’excitation médiatique les livres politiques font flores. Qu’ils soient écrits de la main des candidats (rare) ou de celle de nègres[1] enchaînés dans les caves des QG de campagne (fréquent) la qualité littéraire est toujours la grande perdante de cette soudaine effervescence rédactionnelle. Il n’y a qu’à voir les titres desdits ouvrages pour préjuger du massacre : Changer de destinPour que vive la FranceLe printemps françaisSans tricher, etc. On baille rien qu’à les énumérer. Cela pour dire que les croquis politiques proposés dans le dernier livre de Philippe Meyer, Sanguines, ne sont pas du même tonneau. Oh que non ! Vous n’allez pas vous ennuyer en attendant le second tour.

L’ouvrage du toutologue chroniqueur nous dresse le portrait de douze personnalités remarquées (et pas forcément remarquables) du champ politique français avec férocité, intelligence, mais surtout avec un humour raffiné que l’on reconnaîtrait entre mille. La bonhommie avec laquelle l’auteur décrit ces tristes sirs est contagieuse : en parcourant les pages on a la sensation d’entendre sa voix joviale et grave nous conter le spectacle navrant du show-politique. Parce qu’il est attaché à la politique (il est producteur et animateur de« L’esprit public » sur France Culture), la vraie, pas celle des communicants souhaitant la réduire à une branche du marketing, il tire à vue sur le ridicule médiatique des puissants gouvernants (et ceux aspirant à l’être). Un ridicule qui nivelle par le bas le débat démocratique et donne raison à l’appréciation de Koestler. Meyer porte la plume dans la plaie politique avec acuité et précision et nous offre un salutaire rafraichissement mémoriel. Comme le disait Samuel Johnson : « Les peuples n’ont pas besoin qu’on leur fasse la morale, ils ont besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire ».

Petit panorama et morceaux choisis.

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Sarkozy donne l’impression « d’un chef d’Etat capricant et capricieux, irréfléchi et emporté, irascible et fébrile. L’incarnation en politique de ce personnage trépidant du « Manège enchanté » baptisé Zébulon, monté sur un ressort […] Qui d’autre que Nicolas Sarkozy, partant pour une retraite spirituelle dans un monastère, se retrouverait sur le pont d’un yacht de 60 mètres estimé à 7,5 millions d’euros ? »

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Villepin« le sous-lieutenant Fracasse », « se sert des mots comme d’autres de talonnettes. Il les accumule, les superpose, les étage, les cimente d’adjectifs, se hisse à leur sommet et contemple le monde de leur haut et nous avec (à supposer qu’il nous aperçoive). […] Villepin, c’est du deux en un garanti : le texte est livré avec son propre pastiche. » Incapable que nous sommes de distinguer ses citations de celles du maire de Champignac de Franquin.

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Aubry « pratique l’alter exactitude. Elle partage avec Sarkozy une remarquable capacité à croire à ce qu’elle dit au moment où elle le dit et se montre toujours surprise et facilement outrée de se heurter au scepticisme. À peine a-t-elle énoncé une fable qu’elle la tient intimement pour la réalité. C’est une menteresse [car elle] a pour seconde nature de modeler la vérité en fonction de ses besoins et pour réflexe de croire en ses affabulations.» Du fait de sa brutalité et de son autoritarisme, ses camarades socialistes l’affublent de doux surnoms : « la méremptoire », « Titine de fer », « Thatcher de poche » ou « Miss Tapedur ».

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 « Hulot candidat à la présidence de la République ? Et pourquoi pas Geneviève de Fontenay ? Elle aussi, elle est connue à travers l’Hexagone. Elle aussi, elle est appréciée des téléspectateurs. Elle aussi, elle a un look. Et surtout, elle aussi, elle a des valeurs. Et puis Geneviève, voila une oratrice ! […] Je veux bien qu’elle s’habille comme une chaisière qui aurait épousé le marguillier de la paroisse, mais elle cause peuple, et même façon Michel Audiard. […] D’ailleurs, la matrone des Miss France, même en dame d’œuvres, est moins bonnet de nuit que l’animateur d’Ushuaïa avec son air d’être passé sous une gouttière juste après avoir raté l’examen du permis de conduire. »

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« Eva Joly a souvent raison. Eva Joly a presque toujours raison. Eva Joly est certaine d’avoir raison. » Mais elle « ne comprend pas, ne conçoit pas, n’admet pas, et, plus grave pour son avenir politique, ne parviendra sans doute jamais à prendre en compte » le fait qu’un journaliste « qui sait qu’il va lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit n’hésite pas à inverser le sens d’une citation en la mutilant, simplement parce que cette inversion viendra renforcer l’image qui colle à la peau de la juge qui venait du froid, celle d’une mère Mac-Miche de l’instruction à charge, obsédée par l’envie de foutre en taule tout ce qui compte dans l’industrie, la finance et la politique. »

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Fillon illustre bien « l’adage chinois qui veut que « l’homme courtois évite de poser le pied sur l’ombre de son voisin ». Fillon habite son quant-à-soi. […] Il ne fait pas visiter son intérieur. De tous les Premiers ministres de la Ve République, il est le seul qui n’ait jamais posé pour une couverture de Paris Match qui, pourtant, l’a sollicité jusqu’à plus soif. » Mais il y a fort à parier qu’un jour « il finira par abandonner sa réserve et se laissera aller à rugir en mettant du désordre dans son impeccable chevelure. »

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« À parcourir la liste, même incomplète, des croisades avortées de Montebourg (« le turlupin de médialand »), de ses batailles aussi valeureuses que celle du Matamore de L’Illusion comique, des ses conquêtes annoncées avant que soit engagé le combat, on serait enclin à penser que ce camelot du moi creuse sa tombe avec la langue. […] Ses défaites, ou plutôt ses nonfaites, ses campagnes sans suite sont autant d’aliments dont il gave sa notoriété. »

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Marine Le Pen« n’oubliera aucune des avanies qu’elle essuya et qu’elle essuie encore [surtout de la part de son père], les vraies, les exagérées et les imaginaires. Bien plus que dans quelque agglomérat de convictions ou dans quelque décoction idéologique, c’est dans cette image d’elle-même en victime innocente, voire en martyre, qu’elle puise une énergie que ses adversaires ont bien dû finir par lui reconnaître. »

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Copé« l’affamé du sérail », « est de ceux qui n’ont jamais su ou qui ont volontairement ignoré que « communiquer » est un verbe transitif. Communiquer est pour eux synonyme non de convaincre, mais de faire croire. Ou, quelque fois, d’enfumer. Une partie de la génération entrée en politique au même âge et à la même époque que Copé pense que les élections ne sont qu’affaire de marketing, de cible, de prospect, de packaging, d’accroche, de benchmarkin, de brief, de propale et de tout un tas de trucs et d’astuces baptisés de préférence de noms en anglais des Etats-Unis afin de mieux transparaître leur potentiel d’efficacité, pardon, d’efficience. »

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Mélenchon est un « bon client » des médias. « Le voilà parti à l’assaut des micros et des caméras, faisant alterner dans sa rhétorique les coups de gueule, de colère, de sang, de pied en vache, de pattes, de griffes, de Jarnac, de pied au cul, de poing dans la figure ou de poignard dans le dos. Plus il maltraite les journalistes plus les médias lui en demandent des comptes, lui assurant une présence plus que confortable. Lorsque sa hargne lui est reprochée, il s’en étonne. Il prend la pose et le ton de la victime. […] Mélenchon, qui se conduit avec ses adversaires de la manière exacte dont il s’indigne qu’ils se comportent à son égard, voudrait pouvoir traiter quiconque de tous les noms de son choix… et choisir les injures que les autres lui adressent. […] Mélenchon n’a pas de temps à consacrer à la raison : il est indigné. Des esprits frondeurs iraient jusqu’à s’étonner qu’un homme qui truffe ses propos d’appels à la « révolution citoyenne » et à une démocratie dans laquelle le peuple se mêlerait de tout, partout et tout le temps fasse si peu confiance aux citoyens et au peuple qu’il les voit comme un jouet entre les mains de médias « au service de l’idéologie dominante ». Des esprits forts pourraient se demander si le président du Parti de gauche ne trahirait pas dans ses propos un intérêt pour la brillance des plateaux de télévision bien plus soutenu que celui pour la souffrance sociale qu’il met en avant. […] Que ce soit sur des ruines ou dans un fauteuil doré, Jean-Luc Mélenchon, tel Agénor Fenouillard, aura fait monter les siens dans un train qui ne saurait les conduire nulle part pour l’excellente raison qu’il ne partira jamais. Indignez-vous. Ça n’engage à rien. »

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«  En même temps qu’il construit une crédibilité, qu’il dessine une force tranquille, Hollande a pris soin de marquer qu’il n’a pas tourné que la page de ses années de premier secrétaire. Un régime alimentaire lui modèle une silhouette redessinée, il perd son allure de schtroumpf jovial et brouillon [une bonne humeur qui exaspérait Fabius qui le surnommai « M. Petites Blagues »]. Passionné et connaisseur de football, il accepte de commenter à la radio quelques matches d’une coupe du monde 2010 où la France ne se fait remarquer que par sa désinvolture dans la déconfiture. […] En avançant à son pas au milieu de beaucoup d’incertitudes, Hollande n’a guère d’autres choix que de continuer à régler sa marche sur ce proverbe chinois : « Il faut faire vite ce qui ne presse pas pour pouvoir faire lentement ce qui presse ».

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« Strauss-Kahn ne pourra pas éviter que son ardeur génésique ne soit soumise à examen, commentée, analysée et disséquée. On sait cette ardeur gloutonne ; on la craint insatiable. […]Cette compulsion est la marque d’un orgueilleux, entier, pénétré du sentiment de son irrésistible supériorité, impérieux, avide, et même goinfre. Ce sont, si j’ose dire, des qualités personnelles et privées, et l’on pourrait s’étonner que le citoyen, l’électeur ou l’analyste leur accordent tant d’intérêt si on ne devinait pas qu’elles révèlent un homme qui n’envisage pas d’obstacles entre lui et la satisfaction immédiate de ses appétits, de ses désirs. Pour accéder à a la présidence de la République, l’obstacle s’appelle le peuple. Le peuple désire qu’on l’envisage, c’est là son moindre défaut. »

Plus drôle qu’une primaire socialiste, plus instructif qu’une émission politique, plus percutant qu’un débat d’entre-deux tours, l’ouvrage de Meyer a l’immense mérite de nous remémorer les faits d’armes, de ces homo politicus, ayant rapidement sombrés dans les oubliettes de la mémoire des Français. Cela dit, l’ouvrage étant paru en octobre dernier il manque certaines personnalités au tableau de chasse de l’ami Meyer : pas de trace de Poutou, Arthaud, Dupont-Aignan, Cheminade et même Bayrou. Vous me direz : cela est proportionnel à la place qu’ils occupaient dans les sondages d’intention de vote. Certes, mais on aurait aimé découvrir des portraits à l’acide de l’extrême centriste, du sectaire illuminé ou du révolutionnaire hilare. Gageons que cela sera l’objet d’un prochain livre aussi jubilatoire et informé que celui-ci.

« Le ciel vous tienne en joie »

Sylvain Métafiot


[1] N’appelez pas SOS racisme, il s’agit du terme adéquat, datant du XVIIIe siècle et homologué par l’Académie française, pour désigner l’auteur anonyme d’un livre signé par un autre. Si vous êtes chatouilleux vous pouvez toujours employer le terme « prête-plume », plus élégant, ou celui de « ghost-writer » carrément plus classe.

Transhumanisme, l’avènement inévitable et catastrophique d’un fantasme adolescent

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Nous vivons une époque merveilleuse.

Le projet démiurgique de fabriquer de l’humain a quitté le domaine du mythe pour s’inscrire dans un horizon temporel. Dissimulé dans la fragmentation des savoirs, l’homme de demain se veut modifiable à l’envie, possède une durée de vie aussi allongée que son compte en banque le permet, et se lance de toutes forces dans une quête d’emprise toujours plus grande sur la nature et sur ses semblables.

Il ne s’agit pas de l’Übermensh nietzschéen, cet homme inaccessible vers lequel tendre sans relâche, parangon d’individualisme aux qualités morales toujours nouvelles et uniques. Non, ce que la science propose est une version abâtardie d’un Superman lobotomisé pour accueillir l’esprit de sa Némésis, Lex Lutor. Autrement dit, un être matériellement supérieur dès sa naissance, cherchant toujours plus de puissance par des moyens matériels, fier d’une morale prométhéenne, utilitariste et fanatique. Les nazis ne souhaitaient pas autre chose.

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Ce transhomme s’insinue sous le couvert de bons sentiments.
Voilà 3 exemples de ce que nous savons déjà faire au nom du bien commun :

 1) Décoder le génome, expérimenter sur des cellules souches permet de produire de nouveaux traitements  pour les maladies génétiques. Par ici les dons, merci le Téléthon.
2) Greffer une prothèse de main bionique (plus forte et plus réactive qu’une main de chair) sur un héros de la guerre d’Irak revenu manchot, pour le renvoyer ensuite au front, est à la fois l’honneur et le devoir de la patrie. (Voir le cas Leroy Petry, surtout à 3:37)
3) Câbler le cerveau d’un paralytique sur un ordinateur est possible. Retranscrire ses pensées en clics et en mouvements de souris lui permet d’interagir avec ses proches et le monde. Victoire de l’esprit sur le corps ! (Voir les travaux et patients du docteur Jonathan R. Wolpaw)

Et voila où ces merveilles vont nécessairement nous mener :

1) Génie génétique :

Ce qui nous est promis à court terme derrière le Téléthon est un eugénisme légitime puisque scientifique, du genre Bienvenue à Gattaca. Dès aujourd’hui, si votre assurance vie ramasse l’un de vos cheveux et débourse 400 dollars d’analyse dans un labo, elle peut connaitre le risque statistique de toute une série de maladies (infarctus, hypertension, Parkinson, etc). Elle va en déduire un âge moyen après lequel il est peu probable que vous soyez encore en vie, et calculer vos mensualités en fonction de ce résultat.

Légalement, il n’y aura pas discrimination puisque les inégalités génétiques sont “objectives”. Et lorsque la cartographie du génome coûtera 10 euros, elle sera systématiquement utilisée de votre naissance à votre mort par votre école, votre employeur, votre état pour vous “caser à votre place”. Les Etats réactionnaires qui refuseront cette catégorisation scientifique feront fuir les entreprises, naturellement à la recherche des profils les plus compétitifs. La pratique s’installera de “sélectionner” les meilleurs embryons avant leur naissance (réalisable à faible coût dès aujourd’hui). Après tout, quel parent ne veut pas “le meilleur” pour son enfant ?

Toi aussi, demande à ton gynécologue un enfant modèle Ken pour le printemps

 2) Prothèses biomécaniques :

Pensez aux inégalités de performances entre soldats “augmentés” et “naturels”. Bientôt, des bien-portants souhaiteront se faire amputer. Imaginez un caporal qui accepte de se faire greffer un bras capable de détruire un mur, il passera plus vite sergent. De même, un agent de sécurité trouvera une meilleure place s’il dispose d’un corps “amélioré”. Des athlètes participants aux jeux paralympiques feront sauter les records de leur homologue “naturel”, précipitant la quasi totalité des sports dans une crise morale.

Les Etats interviendront pour limiter la diffusion de ses prothèses, en les assimilant à des armes. Au passage, ils renforceront la surveillance et le fichage des citoyens au nom de la sécurité. Les tribunaux pencheront du côté de la liberté lorsqu’il deviendra évident qu’un Français naturel à la recherche d’emploi ne peut rivaliser avec un Russe augmenté. Les greffes “cosmétiques” deviendront monnaie courante, prétextes à une myriade de petites modifications. Les méca-chirurgiens-esthéticiens organiseront des défilés de mode corporel pour faire la promotion de leurs dernières créations, repris par les publicitaires et les magazines type ELLE.

Intermède publicitaire

3) Interface cerveau / machine :

Cela ouvre la voie au contrôle absolu de l’autorité sur ses sujets, façon big brother télépathe. Car en plus de transcrire les signaux nerveux (puces greffées dans le cerveau ou électrodes sur le crâne), il est aujourd’hui possible de reconstituer le film – encore rudimentaire – de vos pensées (Travaux de Jack Gallant à l’Université de Berkeley). Au commissariat, bientôt les enregistrements psychiques. “Vous n’avez rien à cacher à la police ? Et à votre patron ?”  Dans un entretient d’embauche on vous enfilera un casque sur la tête avant de vous poser les questions : “Êtes vous motivé ? Êtes-vous sérieux ?”. Puis la sélection se fera sur la seule base des images qui ont pu vous passer par la tête.

Bientôt, des psychologues vous proposeront de lire les rêves de vos enfants dans leur sommeil, pour un programme éducatif personnalisé garantissant gloire et fortune. Et il n’y a pas de raison pour que cela ne fonctionne que dans un sens, téléguider et endoctriner les humains comme des marionnettes sera un jour techniquement possible.

La fiction                                                                  La réalité

 Elucubration, science fiction, technophobie ? Non, exercice d’anticipation. Incertain, limité mais plausible.

Et pourtant, la science est l’avenir de l’homme.

Faut-il arrêter la recherche ? Ne pas soigner les malades, ne pas donner la meilleure prothèse à un blessé, laisser mourir “naturellement” les paralytiques ? Bien sût que non. Mais cela revient à accepter que les progrès de la médecine change radicalement l’homme à moyen terme.

Cette science nous éloigne-t-elle de notre nature ? Pas plus que les implants mammaires, le maquillage au plomb ou l’épilation au laser cancérigène. Plus dangereuse ? En comparaison de la menace d’explosion d’une bombe atomique, ce n’est rien. Risque-t-elle de faire de nous des clones uniformes de Superman ? A l’ère de l’individu, c’est peu probable. Au contraire, la diversité (physique) risque d’augmenter à mesure que les paramètres de modifications sont plus nombreux. Bien sur, la diversité des corps sera tempérée par des effets de modes et de castes / classes sociales, tout comme l’est aujourd’hui la diversité des vêtements.

De façon plus globale, notre modèle de croissance n’est pas loin de l’injonction biblique“multipliez, remplissez et assujettissez la terre” (Genèse 1. 28). Cette quête de puissance, de domination et cette fuite de la mort par la reproduction sont condamnées aujourd’hui par une doxa bien pensante. Mangez peu et bio, économisez l’énergie et l’eau, triez et compostez, soignez vous avec des plantes et des infusions, etc. Refusez la science “inhumaine”, retrouvez une vie en harmonie avec la nature.

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En quête d’étoiles et d’absolu, assumons de consumer, assécher et polluer la terre.

On retrouve dans cette diabolisation de la science la culpabilité du péché originel : nous avons obtenu la connaissance malgré la volonté de Dieu, et cette connaissance empoisonné nous exclus du paradis, du bonheur. Heureux les simples d’esprits…
S’il y a bien un point sur lequel sont d’accord autant le parti républicain américain que le parti communiste chinois ou l’Ayatollah iranien, c’est celui là. La culpabilité des origines, de notre “nature” et de la connaissance se retrouve dans tous les mythes de toutes les cultures. Bien que cette culpabilité soit l’expression d’une évidente sagesse (le savoir à un prix) et possède une certaine légitimité, elle prend au mieux la forme d’un conservatisme politique, au pire celle d’une force réactionnaire.

Pourtant, si l’on parle de nature humaine au sens de tendance psychologique, il faut reconnaitre que le désir de savoir et de pouvoir existe en nous au même titre que le désir d’harmonie. Ce qui est une catastrophe, c’est de succomber entièrement à l’un ou l’autre désir. Dans un cas, on risque la stagnation et la régression. Dans l’autre cas, on risque de se heurter à l’inertie de l’histoire, dans une course effrénée et auto destructrice vers l’avenir.

Politiquement, cela se traduit par la recherche constante d’une attitude éclairée, non-autoritaire et non-idéologique. Economiquement, c’est un chemin étroit entre décroissance sélective et progrès dirigé. Aussi embarrassante soit-elle, la science est à embrasser pour éviter stagnation ou extinction lente. Pire, la science est condition nécessaire pour garantirperfectionnement et  prolifération à l’espèce humaine sur le très long terme.

La génération désenchantée a une imagination débordante.

Dans les anciens contes, la magie était extérieure aux hommes sous forme de pouvoirs rares et précieux que les héros contrôlaient de façon erratique. On nous promet aujourd’hui une science qui ne se distingue pas de la magie (nano-machines, cellules totipotentes), mais il s’agit de pouvoirs intériorisés, maîtrisés, permanents, et accessibles aux masses. Bien loin de tuer le rêve, cette démocratisation de la magie a décuplé l’imagination.

Le désenchantement, c’est de pouvoir matériellement réaliser TOUT ses fantasmes. Deux choses au moins nous empêche alors d’être une génération blasée :
- On ne réalise qu’un fantasme à la fois,
- Réaliser un fantasme n’est pas gratuit. Plus il est original (et donc difficilement réalisable), plus le prix à payer (monétaire ou de sa personne) est élevé.

En conséquence, les rêves se transforment une fois accomplis, les désirs se reportent sur d’autres choses ou personnes une fois satisfait. L’imagination se fixe rarement longtemps quelque part, elle vagabonde. La durée toujours plus courte de nos relations amoureuses en est une manifestation. Cette idée est parfaitement exprimée dans une nouvelle de Greg Egan disponible sur le Net : Plus près de toi.

Mais notre vagabondage nous pousse à devenir artistes. A nous fabriquer des yeux nouveaux toujours plus personnels. A imaginer des suites à l’infini. L’homme modernisé par la technique n’est pas moralement meilleur : mesquinerie, petitesse, égoïsme ne l’ont pas quitté. Mais il est devenu plus créatif, pour le meilleur et pour le pire.

Pierre Alhammoud

Les bidouilleurs anonymes

Qui sont ces joyeux drilles ?

Un groupe, formé en 2003, sur le forum d’images 4chan, décentralisé, sans hiérarchie établie, informel et sans structure, qui a l’habitude de croiser le fer avec les ayants-droits des studios hollywoodiens et l’industrie de la chanson, au nom du droit au partage de fichier. Ce collectif, de plus en plus associé à la collaboration d’hacktivistes internationaux, lutte pour la défense de la liberté d’expression par tous les moyens, y compris illégaux, tout en conspuant l’autoritarisme. C’est en s’attaquant à la secte l’église de scientologie, en 2008, qu’ils commencent se faire connaître du grand public. Mais c’est en soutenant Wikileaks que le groupe fit réellement son entrée dans l’arène médiatique internationale. Anonymous s’est engagé pour les révolutions arabes et s’est violemment opposé aux lois, jugées liberticides, PIPA (Protect Intellectual Property Act), SOPA (Stop Online Piracy Act) et ACTA (accord commercial anti-contrefaçon) en attaquant divers sites institutionnels et d’entreprises privées.

On t’a reconnu Francis Lalanne

Un groupe de hackers bien sympathiques me direz-vous. Il est certain que prendre pour cible la secte de Ron Hubbard et les serveurs gouvernementaux tunisiens et égyptiens ne peut recueillir que notre bénédiction. Mais de là à les louanger… Car, par exemple, lutter contre la pensée unique et s’attaquer à une secte pour en reprendre ensuite « l’habillage » paraît contradictoire : uniformisation vestimentaire (censée représenter l’anonymat du cadre moyen) et volonté de se battre au nom de la justice, de la liberté, du Bien, etc. De fait, leur discours est assez intriguant : « nous sommes légion », « nous sommes le peuple », « nous ne sommes qu’une idée », « nous sommes votre idée », « nous sommes vous », « nous ne pardonnons pas », « nous n’oublions pas », « redoutez-nous ». Je ne me souviens pas qu’ils m’aient demandé mon avis avant d’être moi. Ni le vôtre il me semble. Mais la politesse de nos jours…

Arrêtons-nous un instant sur le masque qu’ils arborent (et que les Indignés ont repris à leur compte). Ou comment un visage est devenu un masque. Sous l’hilarité inquiétante de cette gueule cireuse se cache l’artificier anglais Guy Fawkes, exécuté au début du XVIIème siècle pour une trahison et une tentative de régicide sur la personne de Jacques 1er (Fawkes était à l’origine de la Conspiration des poudres : une protestation contre la politique du roi en matière de religion). Depuis 1605 l’échec de Fawkes est célébré en Angleterre la nuit du 5 novembre. Nul doute que porter ce masque donne la sensation à nos hackers d’être des conspirateurs, agissant dans l’ombre, contre les puissants. Le héros de la BD d’Alan Moore, V pour Vendetta, luttant contre une Angleterre fasciste, se revendique également de Fawkes mais s’il porte ce masque, c’est d’abord par pudeur que par subversion, car il n’a pas de visage. Enfin, Fawkes se réclamait de l’anonymat en se faisant appeler John Johnson. Brandir l’anonymat derrière la cause que l’on défend juxtapose l’esprit de révolte et l’oubli de soi, le refus d’être dupe et l’art de se fondre dans la masse. C’est aussi un peu embêtant pour qui prône la transparence… L’ennemi des Anonymous n’est-il pas, lui aussi, sans visage : le Marché. Le masque des Anonymous est cependant bien différent de L’Homme qui rit de Victor Hugo, condamné à rire même lorsqu’il pleure. Car ce dernier arrive à ne pas rire pour annoncer aux puissants la venue d’une justice neuve et ne donne pas à son indignation un aspect rigolard et menaçant, ironique et insolent.

Prépares-toi à mourir Néo(libéralisme) !

Et puis, merde !, j’aimerais tout de même revenir sur ce mythe de la culture gratuite que nos fieffés pirates défendent. Pourquoi, ô grand pourquoi, la culture devrait-elle être gratuite ? Parce que c’est un idéal humaniste ? Parce que c’est être vraiment de gauche ? Parce que cela va rendre l’Homme bon et l’humanité meilleure ? Kaing Guek Eav, un des génocidaires khmers rouge, cite Alfred de Vigny et on jouait du Schubert à Auschwitz… Bizarrement, personne ne rechigne devant les prix des produits des entreprises commerciales. Ainsi, les mêmes qui voudraient ne pas payer le ciné trouveront normal de payer un iPhone 300 euros. Et puis d’où vient ce besoin vorace général de culture ? Tout le monde n’a pas besoin d’écouter Haydn ni de voir Rubens. Ceux qui le voudront viendront au musée quoi qu’il en soit. Pour éviter l’aliénation « culturelle » il ne faut pas créer de fausses envies chez les gens.

Comme le disait George Orwell, dans la préface inédite à Animal Farm : « Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » Les Anonymous forment un groupe d’activistes très intéressants, parfois enthousiasmants. Mais ne perdons pas notre sens critique sous prétexte que la chanson qu’ils nous chantent est plus harmonieuse.

Sylvain Métafiot

Il était une fois au pays d’Internet

Comme ça, après une longue et périlleuse enquête, le FBI est enfin arrivé à capturer le roi des pirates, le capo des capo de Megaupload, Kim Dotcom lui même. Effrayée par une telle efficacité la piraterie informatique mondiale a reculé nette d’un coup, les plus irréductibles se sont rabattus sur les anciens réseaux peer to peer. On recharge la mule !!! Quelle belle histoire, pour endormir les enfants elle est parfaite. Je l’ai donc raconté à mon neveu de huit ans. Ben ça ne marche pas, au lieu de s’endormir calmement, sécurisé par mon histoire, il est parti dans un grand éclat de rire, « tonton tu ne connais pas rapidshare, depositfiles , fileserve, mediafire, oron, pour ne te parler que des plus connus ? Depuis la fermeture de Megaupload leur activité est en pleine croissance »

Pourquoi alors se concentrer à grand renfort de flash et d’editos sur le patron de Megaupload si les sites de piratage de substitution existent déjà ?

Premièrement, médiatiquement, Kim Dotcom a l’avantage d’avoir la gueule de l’emploi. Un sous Marlon Brando adipeux à souhait amateur de jolies filles et belles voitures, la caricature même du geek perverti et malsain à qui on peut opposer les modèles du gentil Mark Zuckerberg qui se contente d’espionner ses utilisateurs ou du saint Steve Jobs qui exploitait allégrement mais avec classe via ses sous traitants sa main d’oeuvre chinoise.

Deuxièmement, ce brave Kim a fait une Fatal error, celle de vouloir pour des raisons économiques démocratiser le piratage. En faisant de la pub pour son site en lançant des promotions sur ses plages de téléchargement, en multipliant les interviews dans les medias, il s’est présenté comme un nouvel acteur incontournable du web. Et çà Kim il ne fallait pas. Du côté des pirates comme de celui des autorités légales on n’a pas apprécié cette attirance vers les projecteurs. La discrétion Kim. On peut toujours pirater mais il faut le faire discrètement et, si possible, en avoir honte. Mais on doit sous aucun prétexte remettre en cause publiquement le modèle économique du droit d’auteur surtout si on sait qu’il ne correspond plus aux règles du marché depuis une décennie. Avec cette action le FBI ne s’attaque pas aux pirates, il n’en a pas les capacités financières, techniques et culturelles, il veut juste faire peur à la vache à lait/la ménagère de moins de cinquante ans qui commençait à regarder sa série préférée ou le dernier film de Clint Eastwood sur Megaupload.

Conclusion : on peut toujours continuer à télécharger des jeux vidéo et des films spectacles sur Internet mais il ne faut pas le dire. Et une nouvelle fois les acteurs culturels et les autorités politiques refusent de se poser les bonnes questions. C’est le même schéma qui se répète encore et encore depuis la création de napster il y a douze ans. On ferme le méchant site pirate, on promet des offres adaptées aux nouvelles consommations et on attend tranquillement la prochaine attaque pirate. Il y a bien moment où les acteurs économiques devront enfin se rendre à l’évidence : le droit d’auteur tels qu’il est imaginé depuis deux siècles est mort, ce n’est ni un souhait ni une prédiction c’est une constatation. Une fois que l’on a dit ça on fait quoi ? Des solutions, comme la licence globale, existent, lisez l’ouvrage de Philippe Aigrain. Il est faux de dire qu’il n’y a pas d’alternatives crédibles et viables au copyright, alors pourquoi ne pas se mettre autour d’une table et réfléchir aux nouveaux modèles économiques du marché ?

Il est intéressant de voir pendant que l’on demande aux ouvriers de General Motors, aux sidérurgistes de Gandrange ou à la population grecque dans son ensemble de s’adapter aux règles de la mondialisation et d’en payer les coûts, on conforte les pauvres entreprises culturelles comme Universal, Time-Warner et consorts dans leur immobilisme et dans leur fantasme d’obliger le marché à s’adapter à leurs pratiques séculaires. C’est beau l’exception culturelle. Une dernière chose : à chaque débat on nous met en avant la sauvegarde des auteurs, des artistes, alors qu’ils ne représentent en moyenne que 7 à 10 % du prix de ventes des produits culturels. Si les grandes majors veulent vraiment les aider pourquoi ne pas augmenter ses pourcentages? Irréaliste me diriez vous. Comme empêcher le téléchargement vous répondrais-je.

PS : quand j’étais petit j’adorais les histoires de pirates, ces méchants bandits qui pillaient les galions chargés d’or durement gagné à la sueur du front des esclaves. A cette époque je n’arrivais pas à avoir de la compassion pour les braves marchands ayant fait fortune grâce à la traite des noirs, au massacre et à la spoliation des indiens d’Amériques. Il faut croire que je n’arrive pas à grandir.

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C’est après la mise en place de la scélérate loi Hadopi que l’usage de Megaupload a explosé en France (plus 35 % en 2010). Certains pensant accéder à un moyen légal de télécharger des films (naïfs), d’autres parce que c’était pratique et pas cher (lucides), et d’autres parce qu’ « il faut lutter contre ce système pourri et rendre la culture libre » (rires). Manque de chance, le 19 janvier, sur fond de vote des lois PIPA et SOPA (qui n’ont, au passage, pas favorisé l’offre légale), le FBI a fermé le site et la police néo-zélandaise a arrêté son big boss, Kim Schmitz (Kim Dotcom pour les intimes), qui s’est réfugié dans une « pièce sécurisée » avec une arme mais sans s’en servir (à quoi bon se prétendre le meilleur joueur au monde de Call of Duty 3 si c’est pour faire sa chochotte devant trois policiers moustachus ?).

La culture gratuite ça paie bien

Mais qui est ce mystérieux patron du plus gros site de téléchargement/streaming au monde ? Oubliez l’image folklorique et joviale du pirate : Schmitz n’a rien d’un forban caustique amateur de bon rhum, d’aventures et de donzelles peu farouches. Citoyen allemand possédant également la nationalité finlandaise, il ressemble davantage à un gros geek vénal amateur de MMORPG, de chips et de procréation avec un sopalin devant du hentai. Vous me direz « même le pire des tâcherons peut avoir bon fond » et vous aurez raison (regardez Nagui… non je déconne) mais pas dans ce cas-là. Premièrement parce que Kim n’est pas inconnu des services de police : il fut arrêté 14 fois pour conduite sans permis, condamné pour une escroquerie en ligne à partir de cartes téléphoniques volées à l’âge de 18 ans, et condamné en 2002 pour délit d’initié après la revente d’une boite d’informatique insolvable en 2000. Ensuite, soucieux des beaux idéaux numériques que sont le partage, la gratuité, la culture pour tous et la construction d’une porte des étoiles menant au monde des bisounours, Kim n’en oubliait pas pour autant ses propres intérêts : depuis 2010 il louait la maison la plus chère de Nouvelle-Zélande (23 millions de dollars) dans la banlieue d’Auckland, avec piscine à l’eau de source ; et une vingtaine de voitures de luxe garnissaient son garage (avec des plaques minéralogiques dignes d’un jacky de la Meuse : « Dieu », « Coupable », « Police », Hacker », « Mafia »).

Ne nous y trompons pas : pour les majors du disque et du cinéma, comme pour Kim Schmitz et ses avatars, Internet est avant tout une machine à cash. Megaupload c’était 50 millions de visites par jour (1 milliard de visiteurs depuis sa création en 2005), 4 % du trafic total du Net, 180 millions d’utilisateurs et 175 millions de dollars de ressources publicitaires. C’est-à-dire 115 000 $ dans les poches de Schmitz par jour. Il faut bien que ce genre de bienfaiteur soit récompensé à sa juste mesure. Les artistes on verra plus tard. Car ceux qui payaient 10 $ par mois, ou 260 $ un abonnement à vie, en pensant financer une certaine contribution globale, redistribuée aux auteurs, payaient, en réalité, le jet privé et les putes hôtesses de Mr Schmitz. Malgré ces profits faramineux Megaupload n’employait que trente personnes, réparties dans neuf pays…

Du coup Martine va pouvoir ouvrir un  livre

En portant atteinte à la nécessaire protection de la propriété intellectuelle et à la lutte contre la contrefaçon (il payait 65 millions de dollars son serveur depuis 2005 mais rechignait à payer les droits d’auteurs, préférant s’engraisser sur leur dos), ce traîne-potence de Schmitz a donné un prétexte à certains Etats pour élargir le flicage d’Internet aux opinions politiques et intellectuelles dérangeantes (sujets autrement plus importants que la dernière saison de Glee). Et ce n’est pas la megasong (clip baveux rassemblant des célébrités, telles que Puff Daddy ou Will I Am, venues brailler leur soutien à Kim) qui va nous le rendre sympathique. Même les Anonymous se sont désolidarisés du gros, c’est dire…

Sylvain Métafiot

Une autre voix dans le concert des médias

Vous en avez marre d’écouter toujours les mêmes présentateurs de JT, les mêmes commentateurs politiques, les mêmes experts économiques, les mêmes intellectuels pseudos subversifs, les mêmes bouffons comiques ?

Marre de tous ces Attali, Minc, Pujadas, Allègre, Joffrin, Demorand, Calvi, Barbier, BHL, Onfray, Badiou, Ramadan, Zemmour, Naulleau, Ardisson, Ruquier, Julliard, Bauer, Raufer, Mucchielli et consorts ?

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Participez avec nous à l’émergence d’une voix discordante, frondeuse, rigoureuse, indépendante et joyeusement casse-gueule dans le brouhaha assourdissant des médias.

En somme, si vous n’avez pas peur de la controverse et que vous sentez prêts à argumenter vos prises de positions, à les défendre avec vigueur, d’accepter le débat et les opinions différentes alors venez nous rejoindre.

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